Le Blog Plantez Chez Nous Rencontre avec Jean-Yves Meignen, jardinier de l'Abbaye de Valsaintes

17/10/19 |  0 comment | 

Rencontre avec Jean-Yves Meignen, jardinier de l’Abbaye de Valsaintes

Depuis plus de 20 ans, Jean-Yves Meignen est le Jardinier de l'Abbaye de Valsaintes à Simiane la-Rotonde. Il est également conférencier, chroniqueur jardin pour le magazine Rustica et sur les ondes de France Bleu Vaucluse, Drôme Ardèche et Gard-Lozère. Rencontre avec ce passionné de jardin et de nature !

Après une expérience professionnelle au sein de grandes pépinières internationales, Jean-Yves Meignen a démarré, en 1996, la restauration des Jardins de l’Abbaye de Valsaintes.

En appliquant des méthodes respectueuses de l'environnement, il a su préserver et mettre en valeur le patrimoine végétal unique de l'Abbaye.

Il y a aussi créé une magnifique roseraie avec 600 rosiers, un potager agroécologique et un jardin sec où poussent près de 300 espèces végétales !

Aujourd'hui, Jean-Yves Meignen partage son savoir-faire et ses conseils via des stages, des conférences et des ateliers organisés dans les Jardins de l’Abbaye.
Il anime une chronique quotidienne sur les ondes de Radio France Bleue et participe à des séances de questions / réponses.

Chaque semaine, vous pouvez aussi découvrir sa rubrique “conseils” dans le magazine Rustica.

Enfin, il a récemment écrit aux éditions Rustica “Zéro intrant au jardin” et rédige actuellement un nouveau livre sur l'usage des huiles essentielles au jardin.

Quels travaux avez-vous entrepris pour restaurer les Jardins de l'Abbaye de Valsaintes ?

Jean-Yves Meignen : “L'Abbaye de Valsaintes est entourée de terrasses de cultures, qui depuis 1950, étaient totalement laissées à l'abandon. La végétation sauvage y avait repris ses droits.

Ces terrasses sont entourées de murets de pierres sèches que nous avons commencé à restaurer. Nous y avons travaillé chaque hiver pendant 20 ans et ce travail n'est pas encore terminé !

Puis, nous avons progressivement aménagé des jardins : une roseraie, un jardin sec, un potager agro-écologique.

Tout a été fait et continue de se faire à la main, car ici, aucune mécanisation n'est possible. On a bêché, désherbé, nettoyé, réalisé des massifs, etc.

Au fur et à mesure des années, une formidable richesse botanique et faunique est apparue. Aujourd'hui, des centaines de rosiers, bulbes, vivaces, arbustes, arbres, aromatiques, fruitiers… donnent, au fil des saisons, une explosion de floraisons et de feuillages spectaculaires”.

Dès 1996, vous avez démarré la création de la roseraie et testé l'usage des huiles essentielles. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Jean-Yves Meignen : “Nous avons effectivement planté près de 600 espèces et variétés de rosiers entre 1996 et 2000 dans la roseraie. Il y a des espèces botaniques bien adaptées aux hivers froids et aux étés très secs de la région, de magnifiques rosiers lianes, des rosiers remontants et non-remontants.

En 2013, nous avons créé la “ Voie des roses”, au sein de la roseraie. Ce chemin didactique retrace chronologiquement l’évolution botanique de la rose.

Lorsque certains rosiers ont été malades, j'ai cherché des solutions naturelles pour les traiter tout en préservant la biodiversité. Les purins ne me donnaient pas toujours des résultats satisfaisants. Comme j'utilisais déjà l'aromathérapie de manière personnelle, je me suis dit “pourquoi pas pour les plantes?”

J'ai alors débuté des recherches, échangé avec des aromathérapeuthes, testé des mélanges d'huile essentielles… Je recherchais celles qui avaient une action anti-fongique.

J'ai aussi suivi les conseils d'Eric Petiot qui a notamment écrit “Les soins naturels aux arbres” et “Les huiles essentielles pour soigner les plantes” aux Éditions de Terran.

Ces méthodes 100 % naturelles se sont avérées très efficaces. Je continue encore à tester, à observer le comportement et l'évolution des végétaux en fonction des saisons, pour trouver les meilleurs traitements naturels.

Aujourd'hui je propose à la vente deux mélanges d'huiles essentielles (Libressence et Proarom) issus de ces observations et tests. Sans aucun danger d'intoxication pour les végétaux, ils stoppent le développement de champignons, renforcent les défenses naturelles des plantes, stimulent leur croissance et leur floraison”.

En 2012, la restauration continue en créant le jardin sec ?

Jean-Yves Meignen : “A notre arrivée, lavandes aspic, sarriettes, thyms, badasses, helichrysum et d'autres plantes endémiques poussaient déjà au pied d'un rocher de grès surplombant le site de l'Abbaye.

Notre souhait a été de préserver ce patrimoine végétal unique, parfaitement adapté à cet environnement très minéral et très sec. Nous avons créé des sentiers et des escaliers en bois pour que nos visiteurs puissent facilement admirer cette végétation.

Plus loin, sur un talus rocheux, nous avons entièrement créé un jardin sec.  Nous y avons planté 300 espèces végétales que nous n'avons jamais arrosées depuis 2012 !

De nombreuses vivaces, dont des semi-arbustives, une belle collection de lavandes, de rosiers, mais aussi des origans, cystes, sauges, achillées, armoises, lamiacées… ont ainsi traversé de longues périodes de sécheresse et certains hivers secs à – 15°C !

10% des plantes ont disparu. Cela nous a permis de sélectionner les espèces les plus résistantes. C'est une observation riche d’enseignements quant à l’avenir des jardins lorsque l’eau se fera rare.

Sur notre site internet, nous présentons tous les végétaux de ce jardin sec.

Il faut savoir qu'au jardin sec, en été, les plantes sont en repos estival. Le jardin est donc plus beau en hiver”.

Parlez-nous du dernier-né de l'Abbaye : le potager agroécologique

Jean-Yves Meignen : “Notre potager agroécologique, créé en 2015, s’inspire du mouvement agricole et philosophique de Pierre Rabhi.

Nous l’avons créé avec des bénévoles lors de journées participatives encadrées, sources d’échanges et d’expériences.

Sur 500 m², on cultive une grande diversité nourricière : légumes, cultures pérennes, sauvages comestibles, petits fruits, fruitiers qui fournissent une ombre salutaire… Nous recherchons sans cesse des associations bénéfiques de légumes ou de fleurs.

Nous gardons également les plantes qui s'installent et qui se re-sèment seules comme la bardane ou l’absinthe. Chacune a un rôle. L'absinthe, par exemple, attire les pucerons. Nous les détournons ainsi de nos cultures nourricières, tout en nourrissant les coccinelles.

Des plantes “engrais verts” nous permettent d’enrichir le sol. Nous laissons aussi des zones « non fauchées » pour favoriser la multiplication des insectes et des plantes sauvages.

Des abris naturels comme des tas de bois mort, des branchages, des murets ou des hôtels à insectes, ainsi que des points d'eau, sont présents à divers endroits. Cela attire les insectes et les petits animaux alliés du jardinier. La notion de « parasite » n'existe pas dans ce jardin

Avec cette grande diversité, le jardin est auto-suffisant.”

Quelles autres pratiques naturelles appliquez-vous ?

Jean-Yves Meignen : “Notre seule ressource en eau est l'eau de pluie, que nous récupérons dans une cuve de 500 m³.

Avant utilisation, cette eau est dynamisée grâce à un vortex en cuivre alimenté par une pompe solaire (photo ci-dessus). En effet, l'eau stagnante perd de l'oxygène, n'a plus d'activité électro-magnétique et son pH monte. La dynamisation permet de la ré-oxygéner, de la charger en énergie et de ramener son pH à 6,5 / 7. C'est le pH idéal pour permettre une bonne solubilisation des éléments minéraux du sol, qui viennent nourrir les racines des plantes.

Nous nous rapprochons ainsi de la qualité de l'eau de la nature. Celle-ci est toujours en mouvement et dynamisée grâce aux « tourbillons » d'une rivière par exemple.

Ensuite, nous effectuons un travail du sol très léger pour ne pas bouleverser la structure de la terre. Lorsque les plantes sont en place, nous ne bêchons plus.

Nous avons aussi confectionné des composteurs avec du bois de récupération. Nous les alimentons avec nos déchets végétaux, cartons, papiers compostables et avec les déjections des ânes et des chèvres qui vivent dans un parc d'1 hectare à côté du potager. Bien sûr, nous pratiquons le paillage pour maintenir un sol frais, protéger du froid et limiter la pousse d'herbes.

En Haute-Provence, les lavandes sont distillées pour produire des huiles essentielles. Nous récupérons alors les résidus de distillation, normalement destinés à être brûlés, pour les utiliser comme paillage. Nous ajoutons à cette paille de lavande nos résidus de taille, de désherbage pour les composter, ou pailler nos cultures et amender le sol.

Tous les résidus de végétaux reviennent ainsi dans le sol pour le nourrir.

Avec notre compost, c'est une source de matière organique qui libère des minéraux indispensables aux plantes et à la vie du sol.”

Vous êtes aussi membre LPO ?

Jean-Yves Meignen : “Oui, nous sommes membre LPO et les Jardins de l'Abbaye de Valsainte ont le label “jardins d'oiseaux”.

Avec notre grande diversité végétale et les insectes qu'elle attire, les oiseaux ont largement de quoi se nourrir. L'hiver, si besoin, nous apportons des compléments de graines ou de boules de graisse.

Nous laissons aussi toujours des points d'eau pour qu'ils puissent s'hydrater et nettoyer leur plumage.

Les oiseaux trouvent aussi de nombreuses zones pour nicher : arbres, buissons, murets de pierre, cavités des bâtiments… Il y a même des nids dans les rosiers non taillés.

Selon les saisons, nous avons le plaisir d'observer mésanges, rouges-gorges, rouges queues, verdiers, chardonnerets, merles, pinsons des arbres, étourneaux, alouettes, geais des chênes

Nous avons même un couple de faucons crécerelle !”

Nous vous invitons à venir flâner dans ces “jardins remarquables” où le végétal, le minéral, la faune et les hommes vivent dans l'harmonie d'une pratique de jardinage 100% naturelle. Rencontrez aussi Jean-Yves Meignen lors des stages et conférences qu’il anime à l’Abbaye.

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